Wimbledon 2015 : Bravo Djoko et merci Maître Roger…

Je ne peux rester sans réaction, sans paroles, devant le spectacle auquel nous avons été invités d’assister pendant cette quinzaine londonienne. Les mots frétillent. Avec emphase. Car ce fut un régal d’émotions et de tennis. Du vrai bonheur pour les yeux et… tous nos sens en réalité. Des instants savourés sans modération.

goffin wimCocorico tout d’abord avec le très beau parcours de notre David national. Un huitième de finale perdu contre le tout frais vainqueur de Roland Garros est une belle performance. Même si j’ai la faiblesse de croire que Goffin peut encore bien mieux faire. Il m’a semblé parfois encore trop tendre et pas assez audacieux face à Wawrinka dans les moments importants du match. Croyait-il vraiment en ses chances ? Après le prodigieux bond qu’il a réalisé depuis l’an dernier, l’heure est venue à présent de vouloir titiller les tout grands avec une assurance sans limite. En étant aujourd’hui à la quatorzième place du classement mondial, il faut vouloir oser son « grand rêve »… Nous en reparlerons très bientôt ensemble.

nadal wim 2015L’élimination prématurée de « Rafa » au second tour laisse un trait bien triste à la pointe de ma plume. Le Majorquin semble vivre, à 29 ans, la pire saison de sa carrière après avoir été dépossédé de sa couronne parisienne et n’avoir remporté que deux titres à Buenos Aires et Stuttgart. La puissance qu’il mettait dans la balle semble s’amoindrir, perdre en efficacité et sa régularité légendaire s’étiole au fil de ses rencontres. Son regard est hagard comme s’il ne semblait plus dominer ce qui lui arrive. Dégout ? Le déclin d’un grand champion semble être en marche. Et les images sont péniblement émouvantes. « Plus dure sera la chute» ? Beaucoup, comme moi, attendent et espèrent une réponse éclatante et revancharde sur les terrains. Très bientôt. Il a tant fait rêver… Vamos Rafa !

kudlaAu chapitre des belles surprises, trois joueurs ont, selon moi, remporté la palme. Il y a tout d’abord ce jeune Américain d’origine russe dont on reparlera certainement dans quelque temps. Denis Kudla, magnifique athlète, le protégé de Tom Gullikson n’a que 22 ans et, bénéficiant d’une Wild Card, ne s’est incliné qu’en huitième contre Cilic. Fougueux et audacieux, il semble n’avoir peur de rien et développe un tennis tout en spontanéité et en fraicheur. De la graine de champion et un mental féroce. J’aime.

Vasek Pospisil
Vasek Pospisil
Kevin Anderson
Kevin Anderson

Ensuite, je ne peux passer sous silence les magnifiques parcours du Canadien des Bahamas, Vasek Pospisil, écarté en quart par Murray et celui du Sud-Africain Kevin Anderson, à deux doigts de créer la grosse surprise du tournoi en menant deux manches à rien face à un Djokovic étonnamment brouillon et nerveux ce soir-là. Ces deux joueurs ont développé un tennis puissant et engagé, osant prendre un maximum de risques dans les moments difficiles. Avec ce caractère intrépide dont le tennis a besoin aujourd’hui pour évoluer encore et ébranler la hiérarchie…

Mention spéciale également aux deux français de service, Gilles Simon, battu en quart par Federer et Richard Gasquet, tombeur de Stan Wawrinka mais impuissant contre Djoko en demie. Les « bleus de Suisse » sont toujours aussi à l’aise sur le gazon de Wimbledon. Beaucoup de fortes sensations vécues avec calme et sérénité sur le terrain. Des exemples.

fed wim 2015Et quand on parle d’exemple, que dire au sujet de Roger Federer durant la quinzaine ? Je crois que la langue française ne possède plus un seul superlatif pour satisfaire l’appétit des journalistes… J’aurai tout lu cette semaine après les prestations époustouflantes du Bâlois. Génial, homérique, onirique, sublime, hors norme, exaltant, extatique voire fantasmagorique. Le chroniqueur du « Soir », Patrick Haumont, y en est même allé d’un « orgasme tennistique »… Fallait oser, mais ce n’est pas loin de la vérité !

murray wimL’apothéose fut sans doute cette prodigieuse demie finale qui l’opposait au défenseur guerrier de service, Andy Murray. L’écossais a certes été brillant, transformant à moult reprises des balles défensives périlleuses en coups d’attaque hors normes, mais qu’aurait-il pu faire contre un génie touché à ce point par la Grâce ?

Son regard dépité après ce passing d’extra-terrestre joué du bout de la raquette suisse en disait long sur son écœurement… Non, ce samedi, il n’y avait rien à faire de plus. Sinon déguster. Dans les deux sens du terme.

Car « Rodger » n’a pas joué au tennis, il l’a réinventé. En atteignant les sommets de son art. Il nous a gratifiés d’une rencontre d’anthologie durant laquelle tout lui était permis. Au-delà du possible, de l’imaginable. Dansant telle une ballerine exaltée, ajustant ses coups à la manière d’un escrimeur frétillant, frappant ces balles comme le plus prestigieux pianiste virtuose effleure ses touches avec une légèreté rare et une précision diabolique… Pour créer l’harmonie. L’authenticité.

murray fedFederer est resté dans « la zone », dans « le flow », ces instants magiques où l’on se sent hors du temps, inébranlable et invincible. Durant lesquels tout ce que l’on touche se transforme en indicible… Ces moments d’exception où l’on flirte avec la perfection (nous en reparlerons ensemble…). Un match de légende qui forgera de façon définitive et irréversible le mythe. S’il le fallait encore.

federer wim 2015Combien, devant une telle partition jouée, ne se sont pas demandés s’ils allaient, un moment, se réveiller ? Ce fut mon cas et ce n’est qu’à la balle de match victorieuse que j’ai pu comprendre que tout ce que j’avais vu était bel et bien réel.
« Le silence après la musique de Mozart est encore du Mozart », le vide intense après une telle prestation était, sans doute, encore du Federer.

Même « Big Mac » a avoué en direct à la BBC : « J’avoue, je me suis trompé, le plus grand joueur de tous les temps n’est pas Rafael Nadal mais bien Roger Federer… » Honneur suprême d’un autre génie de la raquette…

Je me permets, après cette envolée lyrique, de revenir à une analyse plus scientifique en vous livrant quelques chiffres édifiants :

  • Federer a réussi 56 coups gagnants et n’a commis que 11 fautes directes ;
  • le pauvre Andy n’a eu qu’une balle de break dans le… premier jeu tandis que son génial adversaire en a totalisés 10 ;
  • l’Helvète a remporté 84% des points (100% au second set…) après son premier service (dont 76% de premières balles…) et a réalisé 20 aces pour une seule double faute.

Des observations qui donnent le vertige et ont propulsé, très logiquement, le Bâlois en finale. La dixième de sa carrière. Un record de plus. Hallucinant. Merci Maître Roger. Chapeau bas.

Mais, cette dixième ne lui offrira pas ce huitième succès tant convoité et tant espéré par un public partisan aux abords du gazon londonien. Puisqu’une une victoire aurait fait de lui un héros hors catégorie avec ce record absolu de victoires à Wimbledon.

djoko wim 2015 1Car en face de lui, il y avait un Novak Djokovic sur-motivé et avide de revanche après sa désillusion parisienne. Le regard impavide, « Nole », au physique irréprochable et constant de bout en bout, a pu faire basculer la rencontre en sa faveur après les deux premiers sets riches en intensité et en émotions diverses.

djoko wim 2015Fort d’un mental hors norme et auteur de passings étourdissants, Monsieur « pleine conscience » a su dominer le débats dans les deux derniers sets malgré 7 balles de seconde manche galvaudées. Il était sans conteste le plus fort. Le plus frais physiquement. Et mentalement.

Federer, durant cette demie finale exaltante n’aurait-il pas brûlé des cartouches importantes ? Nul ne le saura jamais, mais SuperNovak aura pu en tirer les ficelles du jeu et s’envoler vers un second succès consécutif à Londres. Respect et bravo Djoko.

serenaLe tournoi féminin, quant à lui, ne mérite pas plus de quelques lignes tant la suprématie de Serena Williams reste, de façon bien monotone, indiscutable. Son coach, le Français Patrick Moratoglou, avait bien résumé la situation avant le tournoi. « Seule Victoria Azarenka est susceptible d’ébranler Serena ». Ce qu’elle s’efforça de faire, en vain, lors de la demie finale…

Thierry, ton coach.

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