U.S. Open 2015 : « Et au final, c’est toujours Djoko qui gagne… »

djoke usOn a beau ne pas l’aimer pour une multitude de raisons, parce qu’il peut paraître arrogant ou que ses yeux parfois semblent terrifiants comme sortis de nulle part, il apparaît aujourd’hui indéniable que Novak Djokovic est occupé à écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du tennis mondial.

Avec son dernier succès à New York et les 16 145 points qui lui permettent de caracoler au faîte de la hiérarchie du tennis masculin (un record ahurissant en sachant que son dauphin Federer n’en comptabilise que (!) 9 405), le héros serbe vit une des périodes les plus fastes de sa carrière. Et ce serait un euphémisme que de prétendre le contraire.

Jugez plutôt. Seize tournois joués depuis janvier, 14 finales disputées pour 10 victoires au total. On croit rêver.

Durant la quinzaine américaine, il nous a encore gratifié d’un tennis solide et bien en place mais, surtout, il a réalisé, en finale surtout, une performance mentale hors catégorie. Digne des plus grands, Laver, Ashe, Borg ou autre Sampras.

« Nole » doit avoir des nerfs en acier trempé et j’ai l’intime conviction que la différence ne s’est jouée que dans ce domaine-là. Car mentalement, n’en déplaise à certains, c’est lui le plus fort. Le Maître.

Mais, avant cela, c’est la chaleur et l’humidité new-yorkaises qui en auront marqué(e)s et dégoûté(e)s plus d’un(e) et le nombre d’abandons durant la première semaine a été impressionnant. Ne serait-il pas temps de reprogrammer ce tournoi tant décrié depuis l’aire « Flushing Meadow »?…

nishi usLe japonais Nishirori, 4ème tête de série et finaliste de l’édition 2014, l’aura appris à ses dépends puisqu’il ne dépassera pas le stade du premier tour, terrassé d’entrée par le français Benoit Paire, auteur, pour le reste, d’un tournoi remarquable, éliminé seulement en huitièmes par son compatriote Jo-Wilfrid Tsonga plus virevoltant que jamais.

Ce fut la première grosse surprise du tournoi suivie très vite par l’abandon de Gaël Monfils dont la blessure au dos commence à s’éterniser et inquiéter sérieusement ses nombreux supporters dans l’Hexagone.

rafa usLe pauvre Rafa, pourtant sur-motivé après sa récente victoire à Hambourg, s’inclinera déjà en seizièmes devant l’audace et la puissance de l’Italien Fognigni après un match étourdissant et indécis jusqu’à son terme. Le triste déclin du Majorquin semble donc bien se vérifier et le nombre invraisemblable de ses fautes directes en disent long sur ses doutes actuels… Björn Borg en personne se serait même permis d’écrire à l’Espagnol pour l’exhorter à mettre un terme à sa carrière. Tout un symbole.

Au chapitre belge, notre David national a du, lui aussi, tirer sa révérence après trois tours. Taquiné par une méchante inflammation du tube digestif, le Liégeois devra malheureusement déposer les armes devant l’espagnol Bautista Agut, juste avant d’affronter Super Novak. On aurait bien voulu assister à ce match-là dans les arènes du Billie Jean King National Center. Partie remise, David?

bem usCoup de chapeau cependant à Ruben Bemelmans, en grande forme, qui, au stade des seizièmes, a tenu la dragée haute  à Stan Wawrinka, vainqueur à Paris cette année, faut-il le rappeler. Tout cela semble être de bonne augure avant la demi-finale de Coupe Davis contre l’Argentine dans quelques jours à Forest National… On vous y attend. Come on Belgium! Et si…

Dans le dernier carré ne manquait que le pauvre Andy Murray, victime en huitièmes du sud africain Anderson, toujours aussi séduisant depuis Wimbledon. Le protégé d’Amélie Mauresmo, peu à son affaire depuis le début du tournoi, a provoqué une véritable sensation puisqu’il n’avait plus été battu à ce stade en grand chelem depuis cinq années.

Cilic pour sa part, s’offrait le luxe d’éliminer deux des cinq français encore en lice en huitièmes pour jouer le quatrième larron et peut-être le trouble fête comme l’an dernier puisque, pour rappel, il était le tenant du titre…

Cocorico pour les « Bleus » quand même et mention spéciale à Richard Gasquet, toujours présent dans les grands rendez-vous, qui n’a trébuché qu’en quart devant un impérial Federer. Tsonga, de son côté, subissait, au même stade, la loi de Cilic.

roger usEnfin, à tout seigneur, tout honneur, une fois de plus, comment ne pas rendre hommage au prodige suisse. « Super papy Roger » fut brillant, époustouflant de facilité dans tous les domaines. Créateur d’un nouveau coup (la « Fedattack » ou le « retour furtif »), il se permet parfois d’avancer comme un forcené sur la deuxième balle de service adverse en tentant une amortie féroce… Du haut de ses 34 ans, il s’amuse encore, Monsieur Federer. Il se présente donc en finale sans avoir perdu le moindre set. Son compatriote Wawrinka semblant complètement dépassé durant la demie-finale jouée à sens unique. « Roger est trop fort pour l’instant… » affirmera-t-il en conférence de presse. Pression.

De son côté, Djoko ridiculise un Cilic blessé en un peu plus d’une heure. La finale tant attendue aura bien lieu et les bookmakers s’en donnent à coeur joie. La victoire ne peut échapper au géant bâlois. Tout le monde s’y accorde. Il partira grand favori.

penetta usDans le même temps, LA surprise de taille nous viendra du tableau féminin. Mais oui, Serena Williams a trébuché devant l’Italienne Vinci. J’ai cru tomber de ma chaise en apprenant cette nouvelle pétillante. Rafraîchissante.

Pas de « grand chelem » cette année pour la protégée de Moratoglou. Et tant mieux pour le tennis féminin, tant la domination de l’américaine en devenait écoeurante. Une finale 100% ritale qui verra la victoire de la doyenne Flavia Penetta qui annonce, à la remise du trophée, la fin de sa carrière. Un magnifique départ. Chapeau l’artiste. Respect.

Après les victoires en double mixte et dames de « Mémé Hingis », 34 ans et reine incontestée de la spécialité pour l’instant, il ne restait plus aux deux meilleurs joueurs du monde qu’à s’affronter pour la 42ème fois de leurs carrières. Le duel devenant ainsi le plus récurrent dans l’histoire du grand chelem avec 14 rencontres. Un record. Déjà.

errakiEt une grand première aussi puisque la finale sera arbitrée par une femme, la grecque Eva Esderaki-Moore qui réussit une prestation exemplaire. O tempora o mores. Et tant mieux.

La pluie a bien failli gâcher le spectacle et il a fallu attendre plus de trois heures avant de voir les deux héros pénétrer sur le terrain. De quoi émousser un public ricain bruyant, bien trop partisan et parfois même hostile à « Djoko ».

Mais il était dit que rien n’ébranlerait le Serbe pas même sa lourde chute dans le quatrième jeu sur une surface encore trop humide. La main, l’avant-bras et le genou en sang, il fut tout bonnement implacable devant les assauts répétés de « Roger le magnifique », montant à la volée à chaque occasion..

roger voléePourtant, à une manche partout, c’est le Suisse qui dominait jusqu’au milieu du troisième set. Malheureusement pour lui, sa prise de risque était trop importante avec 56 points gagnants pour… 54 fautes directes. Et il aussi a galvaudé bien trop de balles de break (4 réussies sur… 23!) que pour pouvoir surprendre « Nole ». « J’avais les clés du match en main… » dira-t-il très justement. « Le bal des occasions gâchées… » a titré un journal suisse. Pas faux, non plus.

Pourtant, même si la finale ne fut pas d’un niveau exceptionnel, Federer a « bien » joué. Mais le patron, c’était Djoko. A l’image de ses deux lobs écoeurants sur des montées folles de Roger, il n’a jamais paru douter un seul instant. Pas même à 5/4 dans le quatrième set quand, après avoir mené 5/2, il sauve encore deux balles d’égalisation avant d’enfin savourer sa victoire en demandant à son staff si, vraiment, c’est lui le vainqueur. Clin d’oeil.

djoke sur« Le Coca-cola devait avoir un goût de Rakia » aurait pu dire Rodrigo Beenkens en parlant de cette folle nuit new-yorkaise. Novak Djokovic nous a bousculés par ses ressources psychiques et cette force mentale qui sont siennes. Et qui lui vont si bien.

Et le rêve de Federer s’envole une fois encore. Car comme l’Allemagne au football, « au final c’est… »

Le « Djoke » est rentré dans la légende… Et s’il n’avait pas craqué en finale de Roland Garros?

La croyance limitante de ce « Grand Chelem » maudit gagne une année de plus.

Elle tient depuis 1969 et le triomphe de l’Australien Rod Laver. Il y a 46 ans…

 

 

 

 

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