Le génie de l’intuition 2) Moins, c’est (souvent) plus…

« Il faudrait tout rendre le plus simple possible. Mais pas plus… » (Albert Einstein)

Pour introduire ce nouvel article, je te propose une mise en situation que tu as très certainement imaginée un jour… Parce que nous sommes tous un peu rêveurs.

millions 3La tension est à son paroxysme dans ce studio bien connu d’une chaine de télévision française.

Après avoir atteint le dernier palier des étages de questions de la célèbre émission « Qui veut gagner des millions? », l’ineffable Jean-Pierre Foucault te pose celle qui te permettra de décrocher le pactole.

millionsAssis sur ton siège, les épaules relâchées et le souffle bien contrôlé (tu lis mes articles, non?), ta concentration se fixe sur la voix de l’animateur vedette : « Quelle est la ville des Etats-Unis la plus peuplée ? »

Comme il te restait un dernier Joker, le « 50/50 », ton choix doit se porter soit sur Détroit soit sur Milwaukee.

Comme pour beaucoup d’entre nous, la géographie n’a jamais été ton fort et il n’existe aucun moyen de déduire la réponse exacte. Tu dois utiliser ce que tu sais ou deviner au mieux. Les secondes s’écoulent. Inexorablement.

millions 1Tu te rappelles peut-être que Détroit est une ville industrielle, berceau de la Motown et de l’industrie automobile américaine. Mais Milwaukee est aussi une grosse ville industrielle célèbre pour ses brasseries… Que conclure? Et les secondes s’égrènent plus rapidement encore. Il y a un million d’Euros en jeu.

Malgré ton self contrôle légendaire, les images en gros plan de ton visage prises par ces caméras avides de sensations fortes dévoilent indéniablement ton état de stress. Ta respiration s’active, le tremblement de tes lèvres est à peine masqué par tes yeux qui se ferment, laissant ainsi perler cette goutte de sueur amère que, d’un revers de la main discret, tu effaces sur l’arête de ton nez.

million2Et dire que des millions de spectateurs se délectent ainsi devant ton infortune (!) du moment…

Alors, quel est « ton dernier mot » pour Jean-Pierre?…

Cette même question a été posée à plusieurs milliers d’étudiants universitaires américains et environ 40% ont choisi Milwaukee, les autres Détroit.

Par contre, environ la totalité des étudiants interrogés en Allemagne cette fois  sur le même sujet ont opté pour la ville de Détroit.

Et toi?

felicitationsEn réalité, il s’agissait bien de Détroit et je pense que tu aurais opté pour cette même réponse. Jackpot, tu es millionnaire. Bravo.

Modère tes trémolos et reviens sur cette page à présent…

Ce test ne tente pas de prouver que les allemands et toi-même êtes plus intelligents que les américains, bien au contraire. Mais, devant l’inconnu, chacun aura tendance à plus se fier à son flair plutôt qu’à de bonnes raisons.

pifomètreEt, devant notre méconnaissance, nous choisissons d’emblée le nom qui nous est le plus familier. Cette méthode empirique (ou pifométrique…) à laquelle nous avons recours est connue sous le nom scientifique d' »heuristique de la reconnaissance« .

En résumé, un degré bénéfique d’ignorance face à un flux d’informations ou de réflexions peut s’avérer très précieux, tout comme l’avait déjà démontré le test sur les joueurs de handball, même si cela n’a rien de totalement infaillible bien sûr.

Un autre exemple, plus dramatique celui-là, pourra peut-être convaincre les plus perplexes.

enfant malade Un jeune enfant de 21 mois fut admis dans un des plus grands CHU pédiatriques américains dans un état désastreux. Il était très pâle, absent, d’une maigreur effrayante et souffrait en plus d’otites à répétition. Son père avait quitté le domicile conjugal et la mère le nourrissait de petits pots et de chips avant d’aller s’éclater toutes les nuits, le laissant souvent seul à la maison.

Un jeune médecin le prit en charge et, après la prise de sang réglementaire, il observa que l’enfant refusait de s’alimenter. Intuitivement alors, il réduisit petit à petit le nombre d’examens intrusifs et s’efforça d’apporter un peu de chaleur humaine et de réconfort au nourrisson qui recommença à s’alimenter.

medecinsSon état s’améliorait au fil du temps mais, inquiets des méthodes utilisées par ce docteur inexpérimenté, ses supérieurs lui retirèrent l’enfant, sous prétexte en plus qu’il n’y avait eu encore aucun diagnostic établi.

Au cours des neuf semaines suivantes, le petit bonhomme devint un véritable cobaye humain, confié à un aéropage de spécialistes, passant d’un examen à l’autre, subissant une foultitude de traitements aussi inutiles qu’inadéquats.

Mis sous intraveineuse puisqu’il refusait toujours toute nourriture, l’enfant mourut en attendant ses prochains examens. Un résident osa commenter le fait de cette manière prodigieuse : « On n’a reculé devant aucun examen pour comprendre ce qu’il se passait. Il est mort malgré tous les efforts des médecins… »

Et dire que ce petit bout d’espérance n’avait besoin qu’un peu d’attention, de tendresse et d’amour comme l’avait intuitivement compris le jeune médecin.

moinsDe cet exemple édifiant ressort une fois encore ce principe de base que c’est dans le « moins » que l’on trouve bien souvent le plus.

Les exemples fleurissent évidemment et chacun de vous pourra bien sûr alimenter cette réflexion de par ses expériences ou son vécu personnel. C’est souvent parce que l’on réfléchit trop que l’on passe à côté de la bonne solution ou de la bonne décision à prendre.

La réflexion nuit à l’intuition. Nous attachons trop d’importance derechef à notre « bourreau cartésien » comme je me plais à l’appeler bien souvent

Trop d’analyse paralyse…

Matthias GhemDans le milieu sportif comme dans le milieu artistique, ce paradigme se fait bien plus criant encore.

Je n’oublierai jamais ce jour béni où un de mes « performeurs » me supplia de « fermer ma g… » (sic) sous prétexte qu’il n’arrivait plus à faire le tri de mes informations et… à jouer convenablement. Je le remercie encore chaque fois que les hasards de la vie me permettent de le rencontrer. Il fut un grand révélateur en vérité.

Combien de points rates-tu

  • parce que tu as trop réfléchi à ce que tu voulais faire,point raté
  • parce que tu changes d’avis au dernier moment
  • ou parce que tu vérifies encore par un dernier coup d’œil que l’espace où tu veux envoyer la balle est bien libre?

« Et bardaffe, c’est l’embardée » sourirait l’inoubliable Manu Thorau…

Toujours sceptique ? Lis donc cette anecdote peu connue.

gouldLe célèbre pianiste Glenn Gould devait interpréter l’Opus 109 de Beethoven à Kingston dans l’Ontario. Selon son habitude, il commença à déchiffrer la partition mais, trois jours avant la représentation, ayant trop travaillé, il fut victime d’un blocage mental aussi étrange qu’inhabituel : il était incapable d’interpréter un certain passage.

En désespoir de cause, un des musiciens présents alluma simultanément un aspirateur, une télévision et une radio et lui suggéra de reprendre son interprétation. Ne s’entendant plus jouer, Gould passa au travers de son blocage et tout rentra dans l’ordre.

« Il faut cesser de réfléchir lorsque l’on est compétent… » soupira le pianiste en remerciant son sauveur du jour.

Cette théorie du « moins c’est (souvent) plus » contredit deux croyances fondamentales de notre culture :

  • Plus il y a d’informations, mieux c’est.
  • Plus on a de choix, mieux c’est.

intuitionJe sais combien il est difficile de changer ses habitudes. Passer au delà de ses vérités. Mais tous les exemples précités doivent te convaincre de tout mettre en œuvre pour savoir, toi aussi, ouvrir le champ de ton intuition.

Et, puisque te voilà convaincu à présent, je t’en donnerai les clés très bientôt.

Add a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *