Le « Flow », la « Zone » ou l’ « Etat Idéal de Performance » (1)

chris evert« Il y a des moments où je suis dans un rêve. Je ne peux rien manquer. Comme si j’anticipais plus tôt que d’habitude parce que je sais exactement où va la balle. Tout semble plus lent. Je me sens alors invulnérable… » (Chris Evert)

Dans mes derniers articles, je te parle de cette sensation qu’évoque brillamment la meilleure joueuse mondiale du milieu des années 70 et bien après encore dont la carrière n’a eu d’égal que son élégance et sa beauté. J’en étais bleu, je l’avoue.

Ce sentiment de toute puissance, tu l’as sans doute, toi aussi, déjà vécu en situation de jeu, à l’entraînement ou en compétition voire même dans ta vie de tous les jours.

Les spécialistes du comportement psychique des sportifs ont donné un nom à cet état de grâce un peu particulier.

En 1983, le psychologue de performance américain James Loehr mentionnera le terme d’ « Etat Idéal (ou Optimal) de Performance » repris par beaucoup d’auteurs ou, plus récemment, dans son ouvrage intéressant « Entrez dans la Zone », Damien Lafont a remis à l’ordre du jour le mot « Zone », inspiré par le professeur russe Youri Hanin en 1980.

vivre 2Pour ma part, je préfère de loin le terme de « Flow » (fluide) employé dès 1975 par le psychologue hongrois au nom imprononçable dont je t’ai déjà parlé, Mihaly Csikzentmihalyi.

A ce sujet, s’il y a bien un livre que je me dois de te conseiller, ce serait bien celui où il rassemble toutes ses théories en les transposant dans la vie courante : « Vivre – La psychologie du bonheur » édité en 2004 et toujours d’une brûlante actualité.

Cet état un peu particulier associe la confiance et la performance optimale et peut se définir par une sensation d’équilibre parfait entre les exigences d’une situation et le potentiel développé par le sportif.

Souvent qualifié de « petit nuage », d’ « autre monde » ou de « pilote automatique », il présente, de plus, presque toujours les mêmes caractéristiques.

En voyant jouer Roger Federer à Wimbledon (aaaaah, cette demi contre Andy Murray…) et à Flushing Meadow, on peut se rendre compte qu’il n’y a pas d’autre terme afin de mieux qualifier la manière dont il évolue sur le terrain.

Un artiste dans toute la splendeur de son sport. « Fluide », imperturbable, conquérant, implacable, osant tout avec l’air de s’amuser encore et toujours. Tout semble si simple. Un régal.

Toi qui as déjà très certainement vécu aussi, à moindre échelle sans doute, ce phénomène tant recherché, peux-tu, avant de lire la suite de cet article, prendre une feuille de papier et écrire les principales sensations que tu as vécues lors de ces moments magiques? Tu compareras ensuite avec les réalités théoriques…

bb« Le stade entier aurait pu s’écrouler, je ne l’aurais pas vu. Seule comptait la tâche à réaliser. Les points à gagner… » (Bjorn Borg à propos de ses balles de match ratées en finale de Wimbledon 1979 contre Roscoe Tanner)
« Je sentais que l’instant de toute une vie était venu. Il n’y avait pas de douleur. Plus de temps, seulement une grande unité de mouvement. Le monde semblait immobile ou même ne pas exister. La seule réalité était le présent, les prochaines foulées que j’avais à effectuer… » (Roger Bannister, après son incroyable record du Mile en 1954)
« Ces coups impossibles, c’est un peu comme si quelqu’un d’autre les jouait pour moi. Dans ces moments-là, je me dis : « c’est le moment, prends des risques, tente quelque chose… » C’est une sorte de dialogue entre moi, le joueur et… un autre joueur. Cela m’amuse… » (Un autre Roger, « Maître » Federer cette fois…)

Ces trois citations ajoutées à celle de Chris Evert résument bien les caractéristiques du Flow :

  • Une sensation de contrôle, de perfection et d’efficacité maximale.
  • Une immersion complète dans l’activité qui isole du reste du monde. Il n’y a plus d’ « espace ».
  • Concentration sur l’instant présent. Plus de notion de « temps ».
  • Une impression de facilité, de relâchement et d‘invulnérabilité.djoke flow
  • Une confiance maximale alliée un sentiment de plaisir intense.
  • L‘action est instinctive et automatique.
  • Un esprit vif et alerte.
  • Une énergie infinie et le sentiment de ne devoir fournir aucun effort.
  • Détachement du résultat, du match et de soi-même.
  • Une faible inquiétude et un grand optimisme.
  • Un désir de créativité exacerbé.

lendlTu avais très certainement trouvé la plupart de ces ressentis… Je sais que tu es un « progresseur »…

Tu te demandes alors à présent pourquoi ces instants sont trop rares lorsque tu évolues sur le court et tu espères sans doute que je vais te donner la réponse et la solution idéale pour rentrer dans ce flow en permanence…

Détrompe-toi de suite.

Il n’y a pas malheureusement pas de solution miracle et j’aime beaucoup la boutade du psychologue américain Jim Taylor qui dit en substance : « Le flow, c’est un peu comme dormir : vous ne pouvez pas essayer de dormir« .

Je me permettrai d’y ajouter en plus que l’on ne t’a jamais non plus appris à dormir… Elémentaire.

Cependant, il existe des pistes de réflexion et de travail. Et même des solutions pour tenter d’attirer à toi cette sensation de Flow. Ce « Graal » tant convoité, tant recherché.

Mais il faut œuvrer régulièrement et se munir d’une persévérance à toute épreuve.

Comme le chante le grand Jacques, le chemin est long pour rêver d’un impossible rêve… et atteindre l’inaccessible étoile. L’inaccessible Flow….

Comme quand j’étais enfant et que je lisais les aventures des différents héros du journal Tintin qui finissaient toujours sur une case énigmatique, je te donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle vidéo et un nouvel article qui, je l’espère, soulageront tes attentes…

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