La volonté, joyau de notre cortex préfrontal… (2)

Dans mon précédent article, tu as appris qu’entre la satisfaction immédiate et la gratification différée, le choix est toujours bien difficile. Et ta volonté est souvent mise à rude épreuve.

choixDans les années nonante, le professeur de psychologie américain Roy Baumeister, imminent spécialiste dans l’étude de la volonté,  a réalisé une série d’études plus fascinantes les unes que les autres à ce sujet.

La plus révélatrice reste celle qu’il mena sur 200 sujets recevant 7 fois un « bip » sonore à différents moments de la journée et devant signaler si, à ces instants, ils étaient devant une situation de choix (un désir ou un besoin).

Cette étude a démontré, comme je te l’ai déjà expliqué, que nous sommes confrontés à ce délicat dilemme environ trois à quatre heures par jour.

tentationEnsuite, il a demandé aux volontaires d’exprimer s’ils avaient, ou non, succombé à la tentation de plaisir immédiat et il a observé que ce n’était que dans 17% des cas que la volonté leur avait fait défaut.

A ce sujet, arrête-toi un instant et pose-toi la question de savoir dans quel domaine tu as, toi aussi, le plus difficile à résister à une tentation de plaisir immédiat et compare tes idées avec les résultats de la recherche que je te livre en saut de ligne…

Alors qu’il semblait aisé de réprimer les besoins de consommation, de sommeil ou de sexe, il devenait déjà plus difficile de réfuter une habitude (les célèbres addictions…) et surtout de ne pas se laisser distraire… au travail.

Dans ce domaine, plus de la moitié d’entre eux échouaient en ayant tendance à rester bavarder stérilement lors d’interminables pauses ou scotcher devant la télévision ou… à surfer immédiatement sur internet.

Tu te retrouves un peu dans cette révélation?

choix 2Mais, selon moi, le résultat le plus étonnant dans cette recherche était que dans 83 % des cas, les volontaires réussissaient à résister à une tentation.

Etonnant parce que la plupart des participants aux tests avaient déclaré ne pas avoir un haut degré de volonté.

Comment expliquer ce phénomène étrange que je retrouve bien souvent chez bon nombre de mes joueurs ou de mes coachés?

Toi aussi, tu n’es sans doute pas assez conscient de ton pouvoir de volonté indéniable.

Mais pourquoi diable avons-nous trop souvent le sentiment de manquer de volonté ?

Je crois qu’il existe quatre raisons évidentes à ce phénomène :choix 1

  • Nous avons la fâcheuse tendance d’oublier très vite que nous avons résisté à une tentation.
  • Nous ne comprenons pas toujours consciemment (en « pleine conscience ») que nous avons pris une « bonne décision ».
  • Nous savons pertinemment bien que chaque fois que nous cédons, nous compromettons très certainement la réalisation des objectifs que nous nous étions fixés afin d’avoir une vie meilleure et donc…
  • nous focalisons exagérément sur le fait que nous avons succombé à une seule tentation et nous culpabilisons et « victimisons » outrancièrement.

Education judéo-chrétienne oblige sans doute mais, personnellement, j’ai cette stratégie en horreur.

Et à chacun de tirer les conclusions de mes observations.

Malgré cela, il reste indéniable que la volonté qui, je le rappelle, n’est ni un trait de caractère, ni une valeur morale mais une faculté dont nous avons besoin en cas de conflit intérieur, peut à tout moment défaillir.

Historiquement déjà, au cours de notre évolution, elle a dû s’adapter puisqu’aujourd’hui, l’homme ne répond plus aux principes de base de son programme primitif qui était de :caverne

  • manger immédiatement et en quantité maximale ce qui est gras et sucré,
  • combattre les ennemis ou rivaux à sa portée,
  • fuir devant le danger et
  • économiser au maximum son énergie et se reposer.

Soyons réalistes pourtant : bien que ces comportements archaïques (reptiliens…) soient bien entendu devenus mortels, leur principe reste malgré tout bien présent dans notre instinct de survie.

  • Ne mangeons-nous pas souvent plus que nécessaire parfois au point de nuire à notre santé?
  • N’avons-nous pas quelques fois trop tendance à vouloir rivaliser avec d’autres en espérant une meilleure situation?
  • N’avons-nous pas envie de fuir au moment de prendre la parole devant le Conseil d’Administration, en entretien d’embauche ou simplement afin de défendre notre point de vue?
  • Renonçons-nous parfois à nous lever le dimanche ou au footing matinal parce qu’il tombe quelques gouttes?

Et sur le terrain ou dans la préparation de ta prochaine saison, qu’en est-il?

Parallèle étonnant, non?

joie tennisMalgré cela, il serait stupide de vouloir supprimer définitivement cet instinct primaire car, tout compte fait, il nous protège toujours. Il nous prévient aussi du danger, nous gratifie d’un sentiment de bonheur lors de nos réussites pour lesquelles nous avons usé de force et d’agressivité afin d’y parvenir et qui nous appellent à une récupération salvatrice…

Le tout étant de l’utiliser à dose adéquate et savoir quand il est utile de le contrôler…

En réalité, nous ne devons jamais oublier que même si la volonté est capable d’abattre tous les murs, celui qui y parviendra ne sera plus aussi guilleret ni énergique qu’avant. Notre volonté se fatigue à tout bout de champs.

Et nous fatigue par le fait même…

Nous avons donc une capacité psychologique limitée à faire des choix et prendre des décisions.

Pour appuyer cette théorie, le professeur Baumeister, encore lui, et son équipe ont mis au point, il y a peu, une expérience aussi originale que lumineuse.

main eauIls ont tout d’abord présenté deux par deux une série de produits issus de grandes surfaces (bics, tee-shirts…) à deux groupes d’étudiants et ont demandé au premier groupe de choisir un des deux objets et au second de donner son avis sur chacun de ces objets.

Ensuite les deux groupes étaient soumis à un illustre test de « self-control » : plonger une main dans de l’eau glacée et l’y maintenir le plus longtemps possible.

Le résultat fut une fois encore très éloquent puisque les individus du premier groupe retiraient leur main après une moyenne de 27 secondes tandis que ceux du second groupe tenaient en moyenne pendant plus d’une minute

Baumeister a nommé ce phénomène « épuisement de l’ego » en hommage à Freud pour lequel (personne n’est parfait…) il avoue un profond respect.

fatigueLa volonté est donc une forme d’énergie mentale qui peut s’épuiser à force de la mettre à contribution.

Comme un muscle qui se fatigue.

Pour citer des exemples plus évocateurs encore, je pense à tous ces acheteurs potentiels d’une nouvelle voiture au salon de l’auto qui se font embobiner par les questions incessantes des vendeurs au point d’en arriver à acheter un modèle bien plus onéreux que celui pour lequel ils étaient venus ou bien à cette célèbre phrase de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, qui expliquait qu’ « il portait toujours les mêmes vêtements afin d’avoir le moins de décisions futiles à prendre… »

J’aime beaucoup cette image du « muscle de la volonté » parce qu’elle est criante de vérité et nous ouvre les portes des prochaines orientations de ce dossier.

L’astuce de la semaine :

Puisque la volonté fonctionne comme un muscle qui se fatigue suite à une sollicitation prolongée et que tu peux renforcer ta musculature par des exercices spécifiques, je te demande de réfléchir à la manière dont tu pourrais, de la même manière, renforcer ta volonté en créant tes propres exercices d’entraînement.

Quelle pourrait être ta propre stratégie d’entraînement?

J’attends tes partages.

Bon amusement.

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